St-Pierre-de-Clages, Village du Livre

FAUSSE JOIE

Dans un bistrot de Cardiff des supporteurs quasi pafs beuglaient devant un match de cricket retransmis par la télévision. Bizarrement, à la fin de la rencontre, l’un d’eux, un étudiant en histoire, jeune boutonneux à l’accent cockney, lança subitement à la cantonade, entre deux borborygmes, ce qu’il savait déjà être une fausse nouvelle. Pourquoi, assis à l’écart et indifférent au raffut ambiant, un Pakistanais, que l’insolite et l’invraisemblable, surtout après une nième pinte d’ale, n’effarouchaient point, s’en fit-il illico l’écho dans un SMS à son amie qui se délassait dans son spa à Beyrouth ? Fallait-il que celle-ci fût crédule pour le transmettre sans barguigner à son cousin, guide aux pyramides de Gizeh, qui, de stupeur, faillit s’étouffer avec un makrout ! A la sortie de Chéops, il en fit aussitôt part à un groupe de touristes appenzelloises parmi lesquelles se trouvait une archéologue qui se mit à jodler de joie au pied du Sphinx. (fin de la dictée des juniors) Elle songea aux hypogées qu’elle-même, mue par le même espoir fou, avait naguère fouillés en vain, car cette découverte extraordinaire, qui n’en avait pas rêvé ? Quelque grands que fussent ses doutes et quelques fréquentes velléités, certes fugaces, qu’elle manifestât pour s’assurer de la véracité de cette nouvelle inouïe, elle se montra euphorique à un point tel qu’on l’eût crue impliquée personnellement. Elle avait tellement envie d’y ajouter foi ! Ce soir-là, après force chiches-kébabs, baklavas et loukoums, elle prit part au bal costumé de l’hôtel. Ainsi la vit-on en Néfertari danser avec un Hittite. Et lorsque, à l’aube, résonna au pied de Mykérinos le cor des Alpes qu’un touriste avait apporté de Suisse, elle crut vivre l’acmé de la félicité. Dans son délire onirique paroxystique pendant une sieste postprandiale, elle entendit même les sabots de Bucéphale frapper les rives de l’Indus. Dur fut son réveil quand elle lut le message de son compagnon: « Fausse joie ! Les premières fouilles montrent que la tombe royale découverte dans le désert libyen n’est pas celle d’Alexandre le Grand. » D’un geste rageur, elle arracha son kéfié à un garçon d’ascenseur et, les larmes aux yeux, en affubla la statue d’un babouin dans le patio de l’hôtel.
F. Klotz sous le contrôle du jury présidé par P.Mayoraz
Variantes : bistro, Kheops, Khéops, chiches-kebabs, chichekébabs, kefieh, keffieh, Guizéh, iodler, énième, n-ième, sphinx

PHRASES SUBSIDIAIRES :

1. A la vue de l’eyra, les cercopithèques et les mandrills du zoo s’égaillèrent au milieu des mélampyres touffus.

2. (juniors) Furax, le ténor ceylanais et les hautes-contre portoricains mirent leur(s) loge(s) sens dessus dessous.

PALMARES DE LA FINALE 2014

Catégorie junior

1. Melissa Zeizer Leytron Championne suisse 2014

Catégorie junior open

1. Fiona Chavan Penthalaz
2. Jonathan Gentizon Les Monts-de-Corsier
3. Elodie Chavan Pernthalaz

Catégorie sénior open

1. Jacqueline Seidel Corsier
2. Claire de Morsier Sion
3. Hadrien Praz Sion
4. Pierre Seidel Corsier
5. Agnès Burnier Clarens

Catégorie Champion

1. Marc Emery 1 fte Baden
2. Daniel Fattore 2ftes Fribourg
3. Guy Deschamps 2ftes St-Martin-les-Besaces (F)

Catégorie sénior

1. Stéven Morand 6ftes Gières (F)
2. Michel Kohler 7ftes Delémont CHAMPION SUISSE 2014
3. Benjamin Garnier 7ftes Saint-Etienne (F)
4. Magali Rohner 8ftes Delémont
5. Gilles Sevrin 9ftes Thonon-les-Bains
6. Yves Scheller 10ftes Choulex
7. Florence Guex 12ftes Genève

 COMMENTAIRES DU PRESIDENT DU JURY

Une finale sous le signe de la nouveauté

La finale du Championnat suisse d’orthographe 2014 a connu quelques changements de règlement, notamment avec l’apparition de la catégorie « champion » chez les séniors.
Les anciens champions séniors ont répondu présent en nombre. Ils se sont livré une belle bataille qui a finalement vu émerger en tête le Valaisan Marc Emery qui a réussi à éviter quasi tous les pièges klotziens puisqu’il n’a commis qu’une faute.
Le Championnat suisse a vu la victoire de Marc Kohler de Delémont deuxième de sa catégorie, mais précédé de Stéven Morand de Gières (F). Notons la présence d’une candidate née en 1927, Mme Gisèle Vauthey de Vevey, qui a fait toute la dictée et se positionne en milieu de classement. Bravo à elle!
Quant au texte, il reste totalement dans l’esprit de Francis Klotz, l’un des seuls en Europe centrale à penser que l’on peut intéresser quelqu’un avec la tombe d’Alexandre le Grand dans un pub gallois, légèrement en fin de soirée. Aux trois quarts de gonflée, aurait dit Gilles. Et pourtant, à l’ale il n’est rien d’impossible, surtout si la quantité suit. Voilà pour le fond (de la pinte).Quant à la forme, elle ne manquait pas de sel ni de vinaigre comme les chips anglaises, avec les habituels traquenards dans lesquels n’ont pas manqué de tomber la majorité des concurrents.
La palme revient aux « chiches-kebabs » pour lesquels nous proposions pourtant trois graphies. Plus de la moitié des candidats en ont inventé une quatrième, voire une cinquième. Suit à une demi-longueur le subjonctif à « manifestât » que beaucoup ont confondu avec le passé simple de l’indicatif. « Cantonade » écrit avec deux « n » n’est pas en reste.
En revanche, le plus grand nombre a passé l’obstacle des « quelque » et « quelques ». Et presque personne ne s’est étouffé avec les loukoums et autres baklavas. En plus des variantes signalées au bas du corrigé, nous avons accepté « paf » invariable et « yodler ».
Nous vous donnons rendez-vous pour de nouvelles aventures orthographiques lors du Championnat 2015.
Pierre Mayoraz