SALON DU LIVRE – GENEVE

ECRIRE

« Ma fille  écrit comme elle respire ! C’est plus qu’une passion, une obsession.» La mère ajoutait qu’enfant elle rêvait déjà de se consacrer tout entière à l’écriture. Lors d’une visite de la maison de Zola, elle avait découvert sa devise : « Pas un jour sans une ligne », et se l’était appropriée. A tous ses visiteurs, sa mère montrait  avec fierté le roman à l’état d’embryon que son petit prodige avait rédigé à l’âge de dix ans.

 A la même époque, tandis que ses camarades ânonnaient des fables de La Fontaine, elle, pour son plaisir, récitait par cœur et sans une hésitation devant la famille ébaubie, les quatre-vingt-huit vers de « Booz endormi ». Deux ans plus tard, expliquait-elle, sa fille, en feuilletant une chrestomathie, était tombée sur un lai qui l’enthousiasma à un point tel qu’il décida de sa vocation : elle serait écrivaine avec une prédilection pour la poésie. (Fin de la dictée des juniors)

Très vite, elle maîtrisa l’allitération, l’assonance et la synérèse. Dissyllabe et stichomythie firent partie de son vocabulaire. Spondées et dactyles lui étant devenus familiers, elle se passionna pour les métriques grecque et latine. Seule dans sa chambre, elle scandait  des vers de Catulle, Tibulle et  Pindare. Elle chercha sa voie et s’essaya à tous les genres. Ainsi tâta-t-elle de la villanelle, du virelai et de la stance.

Elle avait seize ans lorsque, clin d’œil à Apollinaire, elle écrivit  un calligramme en forme de raquette à la gloire de Federer, intitulé « Au troll bondissant des courts ». Sa ballade, « Complainte des potards étiques », féroce satire de l’industrie pharmaceutique publiée sur son blog, indigna et scandalisa les bien-pensants qui dénoncèrent un dévoiement de l’art, mais fit d’elle une auteure célèbre.

Dès lors, les publicitaires la sollicitèrent. Son sens inné  de la formule rimée, empreinte d’humour et d’une ironie cinglante qui fait mouche,  lui valut des propositions alléchantes. Allait-elle prostituer son talent et le mettre au service des piranhas du commerce ? Elle s’y refusa, arguant qu’art et mercantilisme étaient antinomiques.

Actuellement, elle séjourne au Japon pour étudier le haïku dont l’extrême concision la fascine. Peu avant son départ,  elle s’est juré, devant la presse, d’achever bientôt l’œuvre de sa vie, un roman en vers, à la manière du chef-d’œuvre  de Pouchkine, « Eugène  Onéguine ».

Variantes : blogue, auteur, les bienpensants, maitrisa, argüant                                                                                        

 F. Klotz sous le contrôle du jury présidé par Pierre Mayoraz

Lendemain de demi-finale

Quelques réflexions sur le déroulement de la demi-finale du championnat suisse d’orthographe qui a eu lieu le samedi 2 mai au salon du livre de Genève.

Belle occasion que cette dictée pour inciter les participants à relire «Booz endormi» ou, pour certains, à le lire. La beauté des métaphores et l’impeccable versification ne peuvent laisser indifférent un amateur de la langue française portée ici à l’un de ses sommets.

Sans surprise, les ténors habituels ont trusté les premières places même si, parfois, l’ordre établi entre eux a été quelque peu bousculé.

Dissyllabe en a surpris beaucoup. Le poids du second a coûté quelques places au classement à certains.

Nombre de concurrents voient dans nos potards des gens pleins d’éthique. Pourquoi pas? Mais dit-on de quelqu’un qui respecte les règles élémentaires du développement durable qu’il est éthique? Non, bien sûr ! Même si un monde éthique devrait empêcher toute maigreur excessive, nous sommes obligés, ici, de conclure que nos potards en souffrent bien.

Booz ne fait pas le buzz chez tout le monde. La lecture de Victor Hugo se perd. Comme noté plus haut, le championnat d’orthographe incite à la reprendre.

Métriques grecque et latine. Deux métriques, une pour chaque langue.

Que les courageux qui ont affronté ce texte avec succès se préparent à celui de la finale qui aura lieu comme d’habitude dans le cadre de la Fête du livre à Saint-Pierre-de-Clages – Chamoson !

Le jury

CLASSEMENTS

Juniors

1. Melissa Zeizer, Leytron, 6 fautes
Chloé Monte, Vollèges, 6 fautes
3. Gabriel Zeizer, Leytron, 11 fautes

Seniors

1. Guy Deschamps, Saint-Martin-des-Besaces, 0 faute
2. Marc Emery, Baden, 2 fautes
Daniel Fattore, Fribourg, 2 fautes
4. Patrick Houlmann, Genève, 4 fautes
Guillaume Terrien Grenoble, 4 fautes