Championnat suisse d'orthographe

OrthoSuisse – Depuis 1988

2009

Demi-finale, Genève, Salon du Livre le 25.04.2009, Dictée 2009

Messieurs,

Pourquoi le cèlerais-je? L’annonce parue dans le bihebdomadaire « L’écho des quenottes » a retenu toute mon attention. La fonction de déléguée itinérante à la prophylaxie dentaire scolaire dans le Nord vaudois m’intéresse vivement. Les dents dont la nature nous a généreusement pourvus sont, nul ne l’ignore, l’auxiliaire du mangeur et leur rôle dans la manducation ne saurait être minimisé. Depuis ma naissance, j’évolue avec aisance dans l’univers fascinant de l’odontologie. En effet, comme le Roi-Soleil, je suis née munie de  deux incisives, montrant ainsi une avidité précoce dont ma mère souffrit sans qu’on l’entendît jamais se plaindre.

Plus tard, j’ai connu les affres d’un appareil dont l’orthodontie, dans sa sollicitude, a cru bon de me doter  moyennant finances. Endurant actuellement le martyre à cause d’une  pyorrhée dentaire, je sais les conséquences d’une hygiène buccale négligée.

(Fin de la dictée des juniors)

Aussi entretiens-je avec mon dentiste des rapports quasi quotidiens qui seraient vite devenus ruineux si je n’avais pas eu le réflexe de le prendre comme amant, bien qu’il m’en coûtât, car  catarrheux et replet, l’homme de l’art est loin d’être un apollon.

J’ose le dire: je me réjouirais de m’adresser à des enfants. Dotée d’un sens aigu de la pédagogie – mon mastiff m’obéit au doigt et à l’œil -, c’est avec enthousiasme que j’initierais notre belle jeunesse aux vertus des fluorures d’amines. Sachez aussi que, par des dons substantiels et réguliers, je parraine deux enfants du tiers(-)monde, des Cinghalais à la denture coruscante.

Avouons-le sans ambages, mon élocution impeccable pâtit de quelques défauts de prononciation, oh! bénins, dus à une excroissance de l’os palatal. En raison d’un léger rhotacisme mâtiné d’iotacisme aux effets comiques irrésistibles,  certains mots me sont interdits et je suis forcée de recourir à des synonymes approximatifs, qui nuisent certes à la clarté de mon propos, mais  ajoutent à mon charme, qui est réel, malgré, et ce n’est pas le moindre de mes appas, un strabisme divergent. Précisons encore que, quels que soient la distance, le temps qu’il fait et celui dont je dispose, je ne me déplace qu’en rollers, ce qui réduit ipso facto mon rayon d’action, mais me vaut une forme physique digne d’éloges. Dans l’espoir…

Marie-Amélie Mingus

P.-S.: Une coxalgie foudroyante ainsi qu’un coccyx fissuré me contraignent sur-le-champ à ne plus briguer ce poste sur  lequel, j’en suis sûre, se ruera une meute de jeunes louves… aux dents longues.

Francis Klotz

sous le contrôle du jury présidé par P. MAYORAZ

 

20ème édition 1989-2009, Salle du Grand Conseil, le 17 octobre 2009

Une sanction judicieuse, ô combien !

Mon cher Guillaume, je n’en peux plus. Tu fais le faraud du haut de tes treize ans, mais tu devrais te montrer penaud. Sais-tu que tu es devenu la terreur du bailliage? Comparées au récit de tes incartades, l’Iliade et l’Odyssée ne sont que roupie de sansonnet. Un Tell se comporter ainsi! Quelle honte pour moi, ta mère! Vraiment, tu attiges!

Ainsi, hier, au lieu de nous aider à cueillir des quetsches, qu’as-tu fait? Tu as pataugé dans la cressonnière des voisins et tu l’as saccagée. Le dimanche précédant cet exploit, tu avais enduit de glu les prie-Dieu de notre église et pendant que les fidèles tentaient de se dépêtrer, toi, hardiment dissimulé derrière les fonts baptismaux, tu en gloussais d’aise, au grand dam du curé qui te menaçait d’excommunication et mélangeait les Ave et les Pater. Le bedeau, lui, te promettait la géhenne. Dois-je peut-être te rappeler le lamentable épisode des nichets? Tu sais, le jour où, dans la ferme de nos voisins, tu en as lancé sur les paonneaux effarés. Le paysan m’a battu froid durant six mois. De plus, était-il futé de couvrir le mur du cimetière de graffiti(s) appelant à bouter les Habsbourg hors d’Uri et à pendre le tyranneau Gessler? C’est miracle que les reîtres du bailli ne t’aient point surpris.

Souviens-toi aussi de cet appeau que tu avais taillé dans le sureau pour attirer dans tes rets de malheureux geais. Dire que tu étais censé aimer les oiseaux! Bravo!

(Début de la dictée des juniors)

Et quand le guet t’a ramené par les oreilles parce que, au mitan de la nuit, on vous avait surpris, toi et d’autres lascars, à bégueter comme des enragés sous les fenêtres de la centenaire du village pour lui faire croire que ses chèvres s’étaient échappées. Nul doute que sa fin s’en est trouvée hâtée. Et cette idée stupide : t’amuser au tir à l’arc, et pour viser quoi? Des pommes! Toutes nos reinettes et nos boskoops (boscops) y ont passé. Toutes mises en pièces, et tu t’en vantais : « Qui sait? Un jour, peut-être, ça me servira… ». Branquignol, va! Et puis, regarde-toi : tu es couvert d’ecchymoses et un énorme coquart (coquard) orne ton œil gauche. Tes vêtements? Des haillons! Combien de fois n’ai-je pas dû coudre des tacons à tes braies! Y a-t-il eu un jour de ta vie sans horions donnés ou reçus? Pas un seul! Eh bien, mon cher ami, dans ces conditions, il est exclu que nous t’offrions pour ton anniversaire le cadeau dont tu rêves : une arbalète. Tintin, l’arbalète!

 

Francis KLOTZ

sous le contrôle du jury présidé par P. MAYORAZ

 

Phrases subsidiaires :

1) seniors : Sa mère s’était fait offrir des gaulthéries, des paulownias, des cat(t)leyas, des rocouyers, des zinnias, des seringa(t)s et des raiponces.

2) juniors : L’eusses-tu vu, tu ne l’eusses point cru : après avoir dû, recru de fatigue, monter à cru, mû par la soif, il but dans le chai à même le fût une lampée d’un grand cru.

Un choix judicieux, ô combien!

Le cadre un rien solennel de la salle du Grand Conseil valaisan a accueilli la vingtième édition du Championnat suisse d’orthographe. Et une dictée bien suisse a départagé les concurrents au grand dam des non-Helvètes peu habitués à notre histoire, à notre géographie et à la graphie du détesté bailli Gessler, tout comme au canton d’Uri qui, pour primitif qu’il soit, pourrait se montrer vexé d’avoir été confondu avec une céréale asiatique.
Année de qualité que cette vingtième où les concurrents ont brillé, particulièrement les habitués bien sûr, mais aussi les futurs champions qui ont évité un plus grand nombre de pièges qu’à l’accoutumée. Et notre déception fut grande de n’en voir que portion congrue chuter à bailliage, chacun ayant amené avec lui les i qu’il fallait. Heureusement que les prie-Dieu en ont agenouillé un plus grand nombre sinon nous aurions approché de l’horreur du zéro-faute. Nos concurrents, plus habitués sans doute au football qu’à l’argot, ont souvent préféré la mi-temps au mitan. Nombre d’entre eux, et pas des moindres, se sont retrouvés « pomme » – bel helvétisme s’il en est! – avec les boscops. Mais, au final, point de branquignols ni de cancres à cette épreuve. Suggestion quand même à quelques-uns de bachoter pour la 21e.

Pierre Mayoraz
président du jury

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :