Palmarès
C’est sous la tente dressée derrière l’église de Saint-Pierre-de-Clages que s’est tenue la grande dictée de la Fête du Livre. Plus de 50 participants se sont prêtés au jeu et ont tenté de déjouer les nombreux pièges semés dans le texte préparé et lu par Francis Klotz. Après la concentration et le suspense, place désormais au palmarès !
Juniors
- Naïm EL AYAT FAURE
Seniors
- Daniel FATTORE, 3 fautes
- Florence RICARD, 4 fautes
- Jacques MENOUD, 5 fautes +1
- Patrick HACHEMANE 5 +4
- Mareva PILLOUD, 7 fautes
- Dany BADOR, 8 fautes








La dictée
Une belle obstination
Ils en avaient assez de la voir disparaître entre deux piles de dictionnaires hautes comme des ziggourats et en émerger hâve et moulue à pas d’heure. Toute la famille s’était juré de la faire renoncer à cette dictée. Ils s’étaient succédé auprès d’elle pour lui instiller les poisons de l’hésitation et du renoncement à l’aide d’arguments massue.
N’en avait-elle pas assez de ressasser des règles absconses ? Pourquoi voulait-elle à toute force assimiler des kyrielles de mots obsolètes à l’étymologie douteuse? Pourquoi s’obstinait-elle à se dépétrer des arcanes de la concordance des temps? Qu’avait-elle à se colleter avec des textes où pullulent des bizarreries et des exceptions à des années-lumière du vocabulaire courant ? Quand cesserait-elle de se pâmer devant un amuïssement, de prendre des mines extasiées devant des incongruités manifestes ou d’entrer en transe devant un accord par syllepse ? Quand donc comprendrait-elle l’inanité effarante de ce genre d’exercice? Comment pouvait-elle, elle si rebelle, elle qui se faisait gloire de ne pas connaître un seul règlement qu’elle n’ait pas rêvé d’enfreindre, ne pas regimber devant cette avalanche de contraintes requises par le respect de l’orthographe? Quand donc en aurait-elle enfin son content?
Que cherchait-elle donc ? Lorsqu’elle aura découvert l’étendue de son ignorance et le gouffre de ses lacunes, en sera-t-elle plus avancée ? Quel plaisir trouble éprouvait-elle à se précipiter toute guillerette au-devant de cruelles et régulières déconvenues ? Fallait-il qu’elle aimât souffrir! Elle leur opposait ses succès, mais ceux qu’elle prétendait avoir remportés n’étaient pas légion. Combien de sans-fautes avait-elle réussis? Lui poser cette question eût été essuyer une rebuffade, voire une algarade. Personne ne s’y risquait.
Quoi! finit-elle par exploser, furieuse qu’on l’accusât de tous les maux, ils voulaient donc qu’elle changeât de marotte! Qu’elle se mit peut-être à la philatélie comme son mari? Mais quelle satisfaction y avait-il à manipuler, à l’aide de brucelles et l’air béat, de frêles bouts de papier pompeusement baptisés timbres-poste? Ou alors à la numismatique, comme son beau-frère ? Ridicules, toutes ces pièces de monnaie souvent illisibles à l’avers comme au revers!
Bien qu’en son for intérieur elle admit certains des motifs qui les avaient fait réagir, elle ne s’était pas laissé intimider. Ni sa résolution ni son enthousiasme n’avaient décru. Elle avait la passion des mots. Elle ne s’en laisserait pas conter et ne tolérerait aucune immixtion dans ses affaires. Assez zigonné! Elle se ruerait donc à Saint-Pierre-de-Clages.
Francis Klotz, sous le contrôle du jury présidé par Pierre Mayoraz
Note: le texte de la dictée des juniors est indiqué ci-dessus en italique.
Variantes autorisées
massues, disparaitre, connaitre, sans-faute
Phrases subsidiaires
- Juniors: Les responsables, deux sœurs en l’occurrence, s’étaient attribué des mérites indus.
- Seniors:
- 1. Assez bayé aux corneilles! Cesse de bâiller et aide-moi à bâillonner cet escarpe.
- 2. Gnous, nilgau(t)s et bubales broutaient au milieu des élands du Cap.
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