St-Pierre-de-Clages – Fête du Livre 29.08.2015

Un sujet qui va de soi

25 août : J’ai enfin le titre de ma dictée : « Rififi au paradis ». L’héroïne en sera une houri à la beauté quasi divine. Je l’imagine en robe d’organdi alanguie sur un épais kilim moelleux alors que s’élèvent les notes mélancoliques d’un trio composé d’un sistre, d’un oud et d’un sitar. Ses grands yeux à demi clos, un sirli perché sur son épaule, elle caresse un bubale. Et tout à coup, un cri. Elle blêmit. Devant sa tente, au pied de la dune, gît une jeune Targuie, un kandjar planté dans le thorax. Que s’est-il passé ? Je me réjouis de le narrer.

26 août: J’ai changé d’avis. Mon sujet, je le tiens. Je raconterai l’odyssée d’un couple de bourlingueurs camarguais parti(s) pour un tour du monde à bord d’une goélette dont je décrirai le spi, le foc, la misaine et tout le gréement. J’évoquerai aussi son loch. Je montrerai nos Tabarlys affrontant les quarantièmes rugissants, puis cinglant vers Tahiti, où ils seront accueillis par des vahinés fleurant bon le monoï et dansant le tamouré à l’ombre des santals, un collier de fleurs de tiaré autour du cou. Ils profiteront de cette escale pour pêcher des ormets.

27 août : Foin des sujets bateau! Je renonce à mes loups de mer. Allons plutôt faire un tour dans la Rome des Antonins, pour assister, sous le règne d’Hadrien, à un combat de gladiateurs au Colisée. On les verra défiler dans l’arène, vêtus de chlamydes pourpres et brodées d’or, puis le thrace affrontera le samnite et le mirmillon, le rétiaire.

28 août : Tout bien réfléchi, je crois que je vais relater la vie d’un danseur classique. Quadrille à seize ans, remarqué pour ses battus et ses ballonnés, il est rapidement promu coryphée, puis nommé danseur étoile après ses triomphes dans « La Bayadère » et « Giselle ». Sa carrière, sur les brisées de son modèle Rudolf Noureev (Noureïev), est prématurément interrompue par une bursite incurable…

29 août : Eh bien, non ! Cessons de zigonner ! Je vais faire le portrait sans concession d’un de ces irritants habitués de l’atermoiement, vous savez, un de ceux qui élèvent l’indécision au rang des beaux-arts. Ce sera chose aisée: j’en connais un.

Francis Klotz sous le contrôle du jury présidé par Pierre Mayoraz

Phrases subsidiaires :

1) Cet expert en poliorcétique, catarrheux et eczémateux, idolâtrait les divinités phrygiennes Cybèle et Attis (Atys).
2) (pour les juniors) La Malawienne s’était procuré des dirhams, des dinars koweïtiens, des shekels, des yuans et des zlotys.

Palmarès

Catégorie séniors:

1. Magali Rohner, Delémont (CHAMPIONNE SUISSE 2015)
2. Gilles Sevrin, Thonon
3. Jacques Menoud, Chavannes- sous- Orsonnens

Catégorie juniors:

1. Melissa Zeizer, Leytron (Championne suisse junior 2015)
2. Chloé Monte, Vollèges
3. Gabriel Zeizer, Leytron

Catégorie Champions:

1. Guy Deschamps, Saint-Martin-des-Besaces
2. Daniel Fattore, Fribourg
3. Marc Emery, Baden

Catégorie ouverte séniors:

1. Benoit Delafontaine, Echichens
2. Eugène Praz, Sion
3. Isabelle Aviolat, Saint-Pierre-de-Clages

Catégorie ouverte juniors:

1. Jonathan Gentizon, Les Monts-de-Corsier
2. Valentine Roduit, Leytron

Commentaire du président du jury

L’année des fautes

Ça a chauffé samedi dernier à la halle polyvalente de Chamoson. Au propre comme au figuré. Plus 30 degrés au thermomètre et une dictée gratinée qui a provoqué des chutes en cascade. Francis Klotz n’a pas ménagé ses efforts pour soumettre les candidats de la finale 2015 du championnat suisse d’orthographe à un pensum digne de l’événement et de la science, supposée cette fois, des participants.
Sueur et concentration ont accouché de résultats qui tenaient plus de la mathématique, l’addition des fautes en l’occurrence, que de la grammaire française.
Heureusement que le texte a emmené les concurrents dans des mondes où l’onirisme atténue la dure réalité d’un vocabulaire que chacun d’entre eux possède en propre et qu’il ne livre qu’au compte-gouttes aux courageux qui dévorent les bibliothèques ou les dictionnaires.
Les instruments de musique orientaux ont donné lieu à une cacophonie quasi générale. Voiles, loch et Tabarly en ont coulé plus d’un. Et même le petit dernier du calendrier, Saint-Gland, n’a pas pu les sauver. Beaucoup dansent le tabouret ou tabouré. En revanche peu pêchent désormais et les gourmets prolifèrent dans les rangs des mordus de l’orthographe qui connaissent les délicieux ormets.
Au final, c’est battus et ballonnés que se sont retrouvés la majorité des participants. Heureusement, la Fête du livre sous un soleil bien valaisan et l’apéritif de la commune ont dû panser bien des plaies d’amour-propre qui ne pourront que cicatriser lors des épreuves de l’année prochaine pour lesquelles nous vous attendons nombreux.
Pour le jury, Pierre Mayoraz