LETTRE AUX ORGANISATEURS
J’ai bien reçu votre invitation et vous en remercie. Compagne d’un bel evzone, je réside en Thessalie où je m’adonne à l’élevage ovin et produis de la feta bio. Malgré la dépense qui aurait porté un rude coup à ma situation pécuniaire, j’aurais volontiers effectué le déplacement à Chamoson, mais…Eh oui ! Il y a un mais. Et il est de taille.
Je m’explique : l’an passé, je m’étais présentée impromptu à votre dictée en n’ayant ni prétention(s) ni illusion(s). Bien qu’ayant achoppé sur le mot « résipiscence », je m’y étais vue cueillir des lauriers dus à mes seules réminiscences scolaires. Toute fière, je m’étais alors juré de frapper les esprits cette année et de redonner du lustre au mot « excellence » en briguant et en obtenant le sans-faute. Pour déjouer les pièges que vous prenez un plaisir quasi pervers à semer sous nos stylos, je m’étais mise à réviser avec alacrité, en lisant force dictionnaires et en me faisant continument asséner par mes proches des listes d’exceptions à l’orthographe abracadabrante que j’épelais docilement. Ah ! J’en aurai noirci des vade-mecum, des aide-mémoires et des calepins !
Et voilà que patatras ! Sont-ce les récits mythologiques qui m’ont poussée à l’indolence et à l’indifférence? Est-ce l’évocation des Muses s’égayant dans les halliers ou alors le récit des rudes affrontements entre Centaures et Lapithes ? Ou n’ai-je pas tout simplement été troublée par la lecture dans Ovide des débordements et frasques en tous genres des dieux et des déesses ? Le fait est que je me suis sentie devenir peu à peu tout autre, métamorphosée moi aussi.
En effet, j’étais soumise et déférente envers l’autorité quelle qu’elle fût. Maintenant, je me rebiffe, j’enfreins et je contreviens. Moi qui, jusqu’alors, étais prête à respecter les graphies les plus saugrenues, les accords les plus cocasses, voire à passer, la mine réjouie, sous les fourches caudines de grammairiens retors, je renâcle. Pasionaria mutinée, je monte au créneau. Oui, j’ai décidé de n’écrire qu’à ma guise. Fantaisie est devenue ma loi. Que dans ces conditions, votre dictée ne parvienne qu’à faire s’esquisser sur mes lèvres carmin un sourire de condescendance ne vous surprendra guère. Souhaitant néanmoins plein succès à votre manifestation, je vous prie, etc.
Francis Klotz (sous le contrôle du jury présidé par P. Mayoraz)
Le texte de la dictée des juniors est indiqué ci-dessus en italique.
Variantes autorisées
continûment, vadémécums, aide-mémoire, en tout genre, muses, centaures, les Fourches Caudines, passionaria, Ouzbeke, Uzbeke, féta, assener
Phrases subsidiaires
- Une Ouzbèke, une Tadjike et une Kazakhe jouaient de l’oud, du balafon, du cromorne, du galoubet, de l’ukulélé et du sarrussophone.
- (juniors) Elles se sont parlé, elles se sont lancé les pires horreurs et elles se sont quittées très excitées.
Palmarès
Les participants furent nombreux et surtout concentrés, attentifs et studieux pour la première « Grande dictée de la Fête du Livre » de Saint-Pierre-de-Clages. Merci à toutes et à tous pour leur fidélité.
Juniors
Manon Gentizon, 10 fautes, et seule courageuse candidate
Seniors
- Daniel Fattore, 1 faute
- Marc Emery, 2 fautes
- Florence Ricard, 3 fautes
- Alexandre Pasche-Gabioud, 4 fautes
- Mareva Pilloud, 5 fautes (+5 aux phrases subsidiaires)
- Anne-Dominique Mayor, 5 fautes (+6 aux phrases subsidiaires)
- Michèle Brullez, 6 fautes
- Florence Guex, 7 fautes
Mérite spécial à Mme Gisèle Vauthey, née en 1927
Les lauréats ont été récompensés par des bons FNAC et des dictionnaires Le Robert gracieusement offerts par Interforum Suisse à Givisiez que nous remercions particulièrement.
Les images de la dictée sont aussi disponibles ici.
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